Du nœud gordien à l’effet majeur
Comment les leaders passent du blocage à l’impact décisif
Il existe deux grands moments dans une trajectoire professionnelle.
Celui où tout se complique, et celui où tout s’éclaire.
Entre les deux, il n’y a pas forcément plus de travail, plus de compétences ou plus d’efforts. Il y a souvent un déplacement du regard.
Dans l’article précédent (cf. article du 28 janvier 2026), nous évoquions le nœud gordien : ces situations où, malgré l’intelligence, l’expérience et la bonne volonté, rien ne se débloque.
Aujourd’hui, nous allons explorer ce qui permet d’en sortir : l’effet majeur.
Nous avions déjà évoqué cette notion, généralement peu ou pas prise en compte, alors qu'elle revêt une grande importance dans une carrière (cf. article du 15 décembre 2025).
Quand le nœud gordien appelle l’effet majeur
Un nœud gordien professionnel se caractérise par une sensation très particulière :
- tout semble important,
- tout semble prioritaire,
- et pourtant… rien n’avance vraiment.
C’est précisément dans ces moments que beaucoup de cadres font une erreur compréhensible : ils cherchent à tout améliorer en même temps, et en font "plus".
Plus de réunions. Plus d’analyses. Plus de reportings. Plus de projets transverses.
Le nœud se resserre alors...
L’histoire militaire — et François Bert le rappelle magistralement dans son livre Le discernement — enseigne une autre logique :
lorsqu’une situation devient trop complexe, il faut identifier la condition essentielle qui, une fois traitée, entraîne tout le reste.
C’est cela, l’effet majeur.
L’effet majeur : l’antidote au nœud gordien
Dans le vocabulaire militaire, l’effet majeur est :
la condition essentielle pour que la mission puisse être exécutée.
Pas la plus visible, pas la plus valorisante, pas la plus complexe.
La plus déterminante.
Appliqué à une carrière, l’effet majeur devient cette question simple — et redoutable :
« Si je ne pouvais agir que sur un seul levier aujourd’hui, lequel conditionnerait réellement tout le reste ? »
C’est là que beaucoup de cadres réalisent quelque chose d’inconfortable :
Le nœud gordien n’est pas ce qu’ils vivent.
Il est l’endroit où ils s’acharnent… au lieu de là où tout pourrait basculer.
Pourquoi les fonctions Support sont particulièrement exposées
Les cadres des fonctions Support sont souvent pris dans une tension structurelle :
- ils sont essentiels au bon fonctionnement de leur entreprise,
- mais rarement au centre du jeu stratégique visible.
Résultat :
- ils multiplient les preuves,
- élargissent leur périmètre,
- s’adaptent en permanence,
- travaillent beaucoup,...
… au lieu d’identifier leur effet majeur personnel.
Or, dans beaucoup de carrières des fonctions Support, l’effet majeur n’est pas :
- d’en faire plus,
- ni d’être bon partout,
- mais de devenir indispensable quelque part.
Ce point précis où leur contribution fait réellement basculer les décisions.
Du discernement à la décision structurante
François Bert le souligne :
- l’analyse s’épuise dans le détail,
- la synthèse risque de manquer l’essentiel,
- le discernement, lui, qualifie ce qui s’impose.
Identifier son effet majeur professionnel demande :
- d’accepter de renoncer à certaines options,
- de simplifier volontairement,
- de passer de "la carte au terrain",
- du possible au nécessaire.
C’est un acte de discernement et de maturité professionnelle.
Comment Graine de Séquoia articule nœud gordien et effet majeur
Chez Graine de Séquoia, nous observons un schéma récurrent :
- un cadre arrive avec un nœud (fatigue, stagnation, dispersion),
- il pense devoir résoudre plusieurs problèmes,
- le travail révèle qu’un seul levier conditionne tout.
Deux outils, parmi d'autres, structurent ce travail :
L’Octogone des Forces
Il permet de repérer :
- les forces réellement structurantes,
- celles qui produisent de la valeur durable,
- celles autour desquelles un effet majeur peut s’organiser.
La matrice FFRO (Forces, Faiblesses, Opportunités et Risques)
Elle relie ces forces à :
- un rôle clair,
- un positionnement lisible,
- des opportunités concrètes.
Très souvent, le nœud gordien se défait au moment précis où l’effet majeur devient clair.
Une carrière n’avance pas par addition, mais par focalisation
C’est peut-être la leçon la plus contre-intuitive...et la plus importante :
ce n’est pas en ajoutant des compétences que l’on progresse,
mais en organisant sa carrière autour d’un axe décisif (ses forces différenciatrices).
Le nœud gordien révèle ce qui est trop emmêlé.
L’effet majeur indique où concentrer l’effort.
L’un sans l’autre reste incomplet. En définitive, le nœud gordien et l’effet majeur ne sont pas deux concepts différents. Ils sont les deux faces d’une même réalité, et cela ouvre un grand espace de potentiel et d'optimisme !
Toute situation apparemment bloquée contient en elle un levier décisif.
Un point d’appui unique qui, une fois actionné, libère l’ensemble du système.
Couper un nœud gordien, ce n’est pas résoudre tous les problèmes un par un.
C’est identifier l’effet majeur — l’action prioritaire, non négociable — qui rend les autres secondaires, voire inutiles.
C’est pourquoi l’impact est souvent exponentiel : un "geste" ou une parole juste, au bon endroit, au bon moment, transforme une situation entière.
Et vous ?
Peut-être sentez-vous :
- un nœud qui ne se défait plus,
- une énergie dispersée,
- une carrière qui avance péniblement et sans direction claire.
La bonne question n’est peut-être pas : « Comment faire mieux ? »
Mais : « Quel est aujourd’hui mon effet majeur ? »
C’est précisément ce passage — du blocage à la focalisation — que Graine de Séquoia accompagne.
Fabiano Minciotti - Graine de séquoia