Quand la performance a besoin d’un hiver

Quand la performance a besoin d’un hiver
Vue sur le lac gelé - domaine de la baleine bleue

La leçon du lac gelé...

J'ai la chance de vivre au bord d'un lac.

Depuis trois jours, le lac est gelé. Entièrement. La surface est devenue lisse, immobile, presque irréelle. Le vent n’y imprime plus de rides. Le bruit s’est retiré.

C’est magnifique à observer.

Le gel n’est pas la mort. C’est une réinitialisation.

Dans la nature, le gel n’est jamais une erreur.
Il fait partie du cycle du vivant. Lorsque l’eau gèle, la vie ne disparaît pas.
Elle se met en veille.

Sous la glace, tout continue autrement :

  • les organismes ralentissent,
  • l’énergie est conservée,
  • les excès sont éliminés,
  • l’essentiel est préservé.

Le gel agit comme une grande remise à zéro naturelle.
Il nettoie. Il assainit. Il prépare le terrain pour le renouveau.

Et c’est précisément là que le parallèle devient troublant.

Quand le professionnel « gèle » à son tour

Beaucoup de cadres vivent, un jour ou l’autre, une forme de gel intérieur.

Ils continuent à aller au travail.
Ils continuent à assumer leurs responsabilités.
Mais quelque chose ne circule plus comme avant.

L’élan s’est tari. La joie s’est éloignée. La clarté se brouille.

On appelle cela fatigue, perte de sens, démotivation…Parfois burnout.

Mais si, au lieu d’y voir une panne, on y voyait un signal naturel de survie ?

Le corps, l’émotionnel, le mental disent alors la même chose :

« Dans cet état, continuer comme avant serait dangereux. »

Le malentendu majeur : vouloir forcer le printemps

Notre monde professionnel valorise le mouvement constant :
agir, produire, répondre, avancer.

L’arrêt y est suspect. Le ralentissement, mal vu. Le silence, inquiétant.

Alors beaucoup forcent. Ils veulent “passer au-dessus”. Ils veulent “tenir encore un peu”.

Mais dans la nature, aucune plante ne force sa floraison en plein hiver.
Même les plus robustes acceptent la saison du retrait.

Le gel n’empêche pas la croissance. Il la rend possible plus tard.

Le Phénix… et ce que l’on oublie souvent du mythe

On aime parler de renaissance. De rebond. De transformation.

On cite volontiers le Phénix. Mais on oublie que, dans le mythe, il y a d’abord :
le feu, puis les cendres rougeoyantes, puis les cendres éteintes, puis un long temps de silence.

La renaissance n’est pas immédiate. Elle ne se décrète pas.

Beaucoup de professionnels veulent renaître…sans accepter les cendres, encore moins éteintes !

Or ce sont précisément ces phases — inconfortables, lentes, silencieuses — qui permettent un vrai changement.

Le leadership vu depuis le lac gelé

Regarder ce lac, c’est recevoir une leçon de leadership naturel :

  • Savoir s’arrêter est une compétence, pas une faiblesse.
  • La performance durable est cyclique, jamais linéaire.
  • Forcer quand tout appelle au ralentissement épuise inutilement.
  • La vraie lucidité naît souvent dans le silence, pas dans l’agitation.

Les leaders les plus solides ne sont pas ceux qui n’entrent jamais en hiver.
Ce sont ceux qui savent le traverser sans se perdre.

Ce que prépare l’hiver intérieur

Quand le dégel viendra — car il vient toujours — le lac ne sera pas exactement le même. Il sera plus clair. Plus stable. Plus vivant.

De la même manière, les cadres qui acceptent une phase de gel conscient reviennent souvent avec : une vision plus simple, des priorités plus justes,
une énergie moins dispersée, un rapport au travail profondément transformé.

Et si la question n’était pas « comment repartir »…

… mais plutôt :

Qu’est-ce qui, en moi, a besoin de se mettre au repos pour mieux se réorganiser ?

Chez Graine de Séquoia, nous croyons profondément à cette sagesse du vivant :
la nature ne force jamais, et pourtant, elle est incroyablement puissante.

Peut-être que, comme ce lac gelé, vous n’avez rien à réparer. Simplement quelque chose à écouter.

Fabiano Minciotti, Graine de séquoia